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Posts Tagged ‘Kung Fu’

Il y a dans la série Kung Fu, le grand chef d’oeuvre de la télévision américaine diffusé entre 1972 et 1975, de véritables moments de sagesse. On y trouve d’ailleurs une définition de cette notion qui me semble digne des plus grands philosophes:

 

La sagesse nourrit le corps d’un homme de façon à ce que tous les autres vivent (épisode #1).

 

Il y a là ce rapport, très chinois, entre le cerveau et le corps, entre l’action et la conscience – et cette idée (que l’on trouve chez Tchouang-Tseu) que chacune de nos actions influe le cours des choses et porte sa trace sur d’autres vies. Le sage est celui qui, vivant, aide l’autre à vivre.

D’où l’idée centrale de la série, de briser le cycle des violences. Être sage, selon Kung Fu, c’est ne pas céder à la violence. C’est, sachant se maîtriser, connaissant les techniques martiales, étant en pleine conscience de son corps et de son appartenance terrestre, renoncer à vivre autrement que dans ce wu-wei, ce « non-agir ». (Caine, le personnage principal joué par le regretté David Carradine, n’agit d’aileurs jamais qu’à contre-coeur dans cette série).

 

Kwai Chang Caine

La sagesse est donc, là encore, une forme d’amour.

« Empty yourself and yet be filled », déclare maître Kan dans l’épisode #17 – « Fais le vide en toi mais sois plein ». C’est là une définition de l’amour qui se doit d’être notée. Le vide et le plein, ces notions fondamentales de la culture chinoise (voir le très beau livre de François Cheng, Vide et plein : le langage pictural chinois) qu’on rapproche souvent du Yin et du Yang, les deux pôles du changement perpétuel, expriment ici ce mouvement de va-et-vient de l’autre à soi, et de soi au monde. On ne peut exister – et, à plus forte raison, aimer – que dans ce mouvement de renoncement, de vacuité qui s’accompagne d’un retour vers une forme de plénitude. « Nourrir son corps », pour reprendre les termes de notre citation initiale, de façon à nourrir les autres.

Ce qui est beau, également, dans cette phrase, c’est le rapport entre action et état qui, loin d’être contradictoires, deviennent deux réalités qui s’épousent. Le fait de « se vider » est bien un acte conscient, une action qu’il faut accomplir. Le fait d' »être plein », au contraire, est un état. L’amour, selon maître Kan, se joue dans cet entrebâillement : entre ce qui, en soi, tend vers l’autre et ce qui reste immobile. Entre l’agir et le demeurant, l’inquiétude et la tranquillité.

La sagesse, l’amour ne se comprennent que dans cette mesure. L’épisode #17 propose par ailleurs une illustration intéressante de ce rapport à l’autre : l’image d’un sablier, à chaque instant plein et vide. Lorsque le premier bulbe se vide, l’autre se remplit et vice versa.

Aimer, ce sera donc cela : se vidant, être plein et, étant vide, se remplir. Se nourrissant, nourrir les autres et, aimant les autres, se nourrir d’eux.

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