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Posts Tagged ‘John Donne’

J’en suis venu, récemment, à m’intéresser à l’idée d’âge d’or durant la Renaissance européenne. Comme je l’ai évoqué dans un billet récent, cette idée d’âge d’or, au XVIe siècle, a quelque chose à voir avec le Nouveau Monde. C’est une terre vierge, un Eden retrouvé, étranger à la Chute d’Adam et au péché des hommes. Une terre parfaitement innocente sur laquelle il est possible de reconstruire, d’aimer à nouveau.

Car il y a bien, dans cette idée d’âge d’or, quelque chose qui a trait à l’amour. Le péché originel a séparé l’homme du monde naturel. La Nature n’est plus cette mère nourricière, le monde est devenu hostile (on voit Mowgli, dans l’extrait du Livre de la Jungle que j’ai posté récemment, se battre avec un monde sauvage qui n’est plus à sa portée puisqu’il est un « petit d’homme »). L’amour se trouve entaché de sa faute, l’humain séparé de lui-même et de sa capacité à se projeter en l’autre.

L’âge d’or, est-ce donc cela : pouvoir aimer sans être coupable ? Trouver, même, dans l’amour, une forme de salvation ?

Je retrouve ces idées dans un sublime poème de John Donne (1572 – 1631), où l’auteur compare le corps de la femme aimée à une terre vierge, un nouveau monde qu’il faut découvrir et qui, par sa nudité innocente, réinvente l’amour, le lave de sa faute, l’ouvre à sa nouvelle ère.

Elegie XIX : Going to bed

Come, Madam, come, all rest my powers defy,
Until I labour, I in labour lie.
The foe oft-times, having the foe in sight,
Is tired with standing, though they never fight.
Off with that girdle, like heaven’s zone glistering
But a far fairer world encompassing.
Unpin that spangled breast-plate, which you wear
That th’eyes of busy fools may be stopped there:
Unlace yourself, for that harmonious chime
Tells me from you that now ’tis your bed time.
Off with that happy busk, whom I envy
That still can be, and still can stand so nigh.
Your gown’s going off such beauteous state reveals
As when from flowery meads th’hills shadow steals.
Off with your wiry coronet and show
The hairy diadem which on you doth grow.
Off with those shoes: and then safely tread
In this love’s hallowed temple, this soft bed.
In such white robes heaven’s angels used to be
Received by men; thou Angel bring’st with thee
A heaven like Mahomet’s Paradise; and though
Ill spirits walk in white, we easily know
By this these Angels from an evil sprite:
They set out hairs, but these the flesh upright.

License my roving hands, and let them go
Behind before, above, between, below.
Oh my America, my new found land,
My kingdom, safeliest when with one man manned,
My mine of precious stones, my Empery,
How blessed am I in this discovering thee.
To enter in these bonds is to be free,
Then where my hand is set my seal shall be.

Full nakedness, all joys are due to thee.
As souls unbodied, bodies unclothed must be
To taste whole joys. Gems which you women use
Are as Atlanta’s balls, cast in men’s views,
That when a fool’s eye lighteth on a gem
His earthly soul may covet theirs not them.
Like pictures, or like books’ gay coverings made
For laymen, are all women thus arrayed;
Themselves are mystic books, which only we
Whom their imputed grace will dignify
Must see revealed. Then since I may know,
As liberally as to a midwife show
Thyself; cast all, yea this white linen hence.
Here is no penance, much less innocence.

To teach thee, I am naked first: why then
What need’st thou have more covering than a man.

Je tiens ce poème pour l’un des plus beaux de la langue anglaise.

« Ô mon Amérique! Ma Terre-Neuve! Mon Royaume! » C’est ainsi que Donne s’adresse à sa maîtresse et l’enjoint à se déshabiller pour le rejoindre. Lui-même est nu : « Totale nudité! Toutes les joies te sont dues! / Comme l’âme dévêtue de la chair, le corps doit se dénuder / Pour jouir pleinement ».

Nus, c’est-à-dire délaissés du fardeau de la civilisation, les deux amants vont enfin pouvoir goûter au plaisir d’aimer, et découvrir ensemble de nouveaux âges d’or.

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