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Archive for septembre 2010

(Ce livre a été chroniqué dans le cadre de la rentrée littéraire 2010 en partenariat avec Ulike.)

De Claude Louis-Combet, nous connaissions Les Errances Druon, Marinus et Marina, Blesse Ronce Noire (tous édités ou réédités aux excellentes éditions José Corti). Et, de chacun de ces textes, un goût pour l’oscillement, pour les « âmes ravinées », pour le corps se faisant parole et la parole redevenant chair.

Or c’est bien de cela, encore, qu’il s’agit, dans Le Livre du Fils (José Corti, 2010), la dernière oeuvre en date de C. L.-C. : ce mouvement qui, du langage au corps, de l’écriture au rêve en passant par la nuit d’être-là, nous renseigne un peu davantage sur la façon que nous avons d’habiter notre identité.

Le thème de l’identité est fondamental dans l’oeuvre de Claude Louis-Combet. Le Livre du Fils, oeuvre difficile et douloureuse, en même temps que lumineuse, raconte la naissance d’un individu, son cheminement vers la pesanteur. C’est, pourrait-on presque dire, une histoire d’amour. Celle d’un fils pour sa mère. Mais une histoire d’amour qui se constitue à mesure que rien n’est dit, à mesure que tout se révèle comme commencement.

Le rêve d’une parole qui ne ferait que naître et qui, tout en niant, ne cesserait d’affirmer :

La mère du corps, mère de vie et d’histoire, était la mère, rien de plus. Elle n’était pas l’ombre brûlante qui avait attisé le désir du fils. Elle n’était pas cet appel à possession de chair, ouvert comme un cri au fond du précipice où l’existence se cherchait encore. Elle n’incarnait aucune puissance métaphysique ou mystique.  A peine se ramenait-elle à quelques incursions oniriques dans le sommeil de l’amant.

Du désir, toujours envisagé comme tel (et avec le courage que cela suppose), Claude Louis-Combet donne toute la pesanteur. C’est ce désir qui renverse les corps, qui aimante à soi tout le frisson qu’il y a à sentir. Une « amande vive », un « galet », le « sexe des commencements » : c’est dans l’entrebâillement de ces sensations que le monde se révèle. Le narrateur, qui nourrit une obsession pour sa mère, pour le corps et le sexe de sa mère, retrace le cheminement intime qui le mène jusqu’à l’acte d’écrire.

Le livre de Claude Louis-Combet est en somme un livre du commencement : en deçà du verbe, en deçà de la connaissance, en deçà de l’attente. Les corps s’y froissent, l’amour s’y fait plus vif, la parole plus dense.

Un livre de la naissance, du désir et de la faim.

Et, s’il nous est permis de conclure en ces termes : un des plus beaux livres sur l’écriture de ces dernières années.

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