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Archive for mai 2010

Dans le cadre du challenge littéraire « La Serbie à l’honneur » initié par le blog LE GLOBE LECTEUR et par le site Ulike.net, j’ai lu ce court roman d’un auteur qui m’était jusqu’alors inconnu.

Le miroir fêlé met en scène un personnage, Anan, qui éprouve une véritable « révolution copernicienne » de son esprit (pour reprendre l’expression de Kant). Alors qu’il est en train d’écrire un roman, alors qu’il mène une vie paisible, il réalise une vérité profonde : il n’existe pas.

L’homme ne descend donc pas du singe, clame-t-il, mais du néant.

Derrière cet astucieux parti-pris d’un personnage remettant en cause son existence (j’ai parfois songé à Pirandello), Svetislav Basara met en scène ce que j’appellerai une épopée de la négation et du recommencement. Nier : voilà en effet l’activité principale d’Anan tout au long du roman. Nier son existence, mais aussi nier sa langue, nier la possibilité même de parler.

D’ailleurs, si l’on recourt à l’onomastique, le nom d' »Anan » ne semble pas fortuit : il contient en lui-même l’idée de négation, mais associée à cette lettre « A » qui rappelle le commencement, le début de l’espèce humaine (on songe à Adam).

Anan est donc bien le personnage d’une épopée, au même titre que les personnages de Kafka. Parce qu’il veut déchirer le voile des apparences, remettre en cause la possibilité d’être là, la possibilité d’écrire, de communiquer – et surtout parce qu’il tend à la réalisation d’un nouvel âge d’or de l’esprit, à la découverte d’une terre promise du cogito.

Car, au fond, ce que met en doute Svetislaw Basara dans ce roman, parfois de façon provocatrice, c’est la rupture même que le XXème siècle a instauré dans le doute cartésien. Que je pense, cela ne signifie plus nécessairement que je sois.

Et c’est tout un abîme qui s’ouvre alors…

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Plusieurs articles sont à venir sur ce site concernant des partenariats avec d’autres sites ou d’autres blogs. « Nul homme n’est une île », disait John Donne. Il en est de même des blogs : lorsque l’on se décide à en rédiger un, il faut savoir participer à cette grande communauté (oserais-je dire cette grande famille?) qu’est Internet.

Ainsi, il y a quelques semaines, j’ai reçu une proposition de partenariat de la part d’Alapage. Ce dernier site m’a demandé de choisir parmi ses livres de philosophie et de faire la recension de l’un d’eux. Laissant parler ma passion pour Shakespeare, j’ai décider de lire un livre de Christine Buci-Glucksmann intitulé Tragique de l’ombre : Shakespeare et le maniérisme.

Vient aujourd’hui l’heure de la critique…

Le livre de Christine Buci-Glucksmann est en réalité plus une oeuvre de philosophie esthétique que de critique littéraire. C’est un livre assez déconcertant qui propose une interprétation quasi musicale de l’oeuvre de Shakespeare. Christine Buci-Glucksmann construit donc sa réflexion en philosophe autant qu’en musicienne. Relevant dans la poétique de Shakespeare la place centrale de la Voix (on pense, de temps à autre, à Yves Bonnefoy), elle restitue au théâtre sa présence, sa voie humaine. Elle le tire littéralement de l’ombre (l’autre grand thème de l’ouvrage).

Evoquant, au détour d’une réflexion, Kant et Pessoa, cet essai est un bel exemple de critique érudite. Pourtant, à trop vouloir mener le lecteur à la baguette de la réflexion esthétique, il me semble que Christine Buci-Glucksmann oublie l’objet de son étude. C’est la grande critique que je pourrais énoncer à l’égard de la réflexion philosophique : de devenir le piège de son propre système.

J’évoquais tout à l’heure Yves Bonnefoy, ce grand critique de Shakespeare. Les passants de Paris se souviendront de ce très beau poème inscrit sur un mur de la rue Descartes :

Philosophe,

as-tu chance d’avoir l’arbre

dans ta rue,

tes pensées seront moins ardues,

tes yeux plus libres,

tes mains plus désireuses

de moins de nuit.

D’une certaine façon, le livre de Christine Buci-Glucksmann, si brillant soit-il, reste « empiégé » dans cette nuit de la réflexion purement théorique. C’est d’autant plus dommage que, ici et là, de très belles idées se trouvent exprimées. Comme celle qui, justement, fait voir en Shakespeare un non-philosophe absolu, un ennemi de l’harmonie, un chantre du dissonant.

Au fond, nous sommes d’accord.

(Et un grand merci à Alapage).

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